Interview de A. Nouda: ‘Crise des partis de gauche, crise de société’.

Interview de A. Nouda, sur les partis de gauche, publiée par la revue marocaine mensuelle ‘Perspectives Med’, dans le numéro 99 de mars 2015 (p.30 à p.33) :

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Crise des partis de gauche, ou crise de société ?

Introduction de la Revue Perspectives : «La panne de la gauche marocaine prend une autre dimension dans une société qui paraît bloquée. Ce constat complexifie davantage les possibilités qu’offrirait, en principe, l’accumulation idéelle avant-gardiste pour gérer le schmilblick. Abderrahman Nouda fait partie de ces militants dont les critiques ne sont pas particulièrement tendres à l’endroit des formations de gauche. Dans cet entretien, il soulève les questions qui dérangent et met le doigt sur les problématiques qui font la genèse de l’inconfort intellectuel qui traverse le paysage politique national ».

 

Question de Perspectives Med : Vous avez initié un débat sur « la crise de la gauche » au Maroc, en tentant de « critiquer » les formations qui s’en réclament, sans pour autant que cela n’induise de réactions. Cette indifférence-là n’exprime-t-elle pas le peu de cas dont font preuve ces mêmes formations à l’endroit des critiques dont elles sont l’objet ? Où serait-ce là l’expression d’une panne idéelle, alors que le débat reste une revendication de l’heure ?

Réponse de Abderrahman Nouda : Tout d’abord, mes réponses à vos questions risquent de vous surprendre, ou de paraitre hors sujet. L’important pour moi n’est pas de reproduire des stéréotypes, d’être en harmonie avec l’unanimisme ambiant, ou d’imiter des discours dominants, mais de soulever les vrais problèmes, profonds, quitte à déranger le lecteur.

Permettez-moi aussi de rappeler que je ne suis pas un «politologue», mais un militant. Je ne suis pas non plus un «expert» professionnel des partis politiques du Maroc, mais un citoyen observateur. Mes appréciations peuvent être partielles ou subjectives.

Précisons ensuite les termes utilisés. Il existe entre 30 et 40 partis politiques au Maroc. Sans s’attarder ici sur la délimitation des critères, je considère que les ‘partis de gauche’ au Maroc sont les quatre partis suivants : le ‘Parti Socialiste Unifié (psu)’, le ‘Partis de l’Avant-garde Démocratique et Socialiste (pads)’, le ‘Parti Nahje Démocratique (nd)’, et le ‘Parti du Congrès Ittihadi (pci)’. Par contre, le ‘Parti de l’Union Socialiste (usfp)’ a beaucoup évolué. Il n’est plus un parti de gauche. Il oscille entre le ‘centre’ et le ‘centre gauche’. Tandis que les deux autres partis de l’ancienne ‘Coalition Nationale (koutla)’, le ‘Parti de l’Istiqlal (pi)’ et le ‘Parti du Progrès et du Socialisme (pps)’, ils se sont métamorphisés depuis longtemps en partis de ‘droite’, ou ‘conservateurs’. J’évite de parler ici des partis dévoués au régime politique établi, ainsi que des partis islamistes, qui sont foncièrement conservateurs.

Ensuite, j’ai effectivement publié une critique détaillée des partis de gauche (نقد أحزاب اليسار بالمغرب)([1]). Il serait inadéquat de reproduire ici cette critique. Mais si les partis de gauche ne réagissent pas suffisamment aux critiques qui leur sont adressées, ce n’est pas forcément parce qu’ils sont indifférents, mais plutôt parce qu’ils sont dans une crise complexe, systémique, intégrale. De plus, certains militants ne sont pas suffisamment conscients de la profondeur cette crise. Et l’on ne peut pas séparer cette crise des partis de gauche de la crise globale qui infiltre l’ensemble des structures de la société. Parce que dans la société, tout est interdépendant. Cette crise des partis de gauche n’est en fait qu’un aspect de la crise profonde qui englobe l’ensemble de la société marocaine. Ainsi, toutes les composantes de la société se débattent dans une crise complexe et durable. La société au Maroc (à l’instar d’autres sociétés actuelles du monde musulman) est dans une phase critique d’évolution relativement difficile, complexe et bouleversante. La démographie et les générations ont changé (par rapport aux années 1960 et 1970). L’ensemble des acteurs politiques ou sociaux vivent dans une situation de remise en cause, de désarroi, de confusion, d’embarras, d’hésitation ou d’irrésolution. Certains acteurs (politiques ou sociaux) improvisent, d’autres bricolent, et les autres sont comme intellectuellement engourdis, aveuglés, anesthésiés ou bloqués. A la fois les partis, les intellectuels, les medias, l’État, les institutions, les groupes, tous peinent à se dégager de cette léthargie étourdissante. Apparemment, tous les acteurs sociaux ou politiques disposent de tous les moyens nécessaires pour évoluer, ou s’adapter ; et en même temps, ils semblent manquer à la fois de volonté, de force, de clarté, d’innovation, de courage, ou de détermination. Et les discours des partis de gauche sur eux-mêmes sont, non seulement subjectifs, mais aussi décalés par rapport à la réalité.

Ce qui explique que les partis de gauche sont actuellement tolérés, ou peu réprimés, par le régime politique existant, ce n’est pas la prétendue démocratisation de ce régime, mais le manque de dynamisme de ces partis de gauche. Et dès qu’un parti d’opposition redevient dynamique, ou influent, l’État le harcèle, le réprime, ou l’infiltre pour le diviser, l’affaiblir ou le neutraliser.

Si les partis de gauche ne se distinguent pas aujourd’hui par des initiatives créatives, efficaces ou débordantes, c’est probablement parce qu’eux-mêmes ne savent pas, ni quoi penser, ni quoi faire. Et en cela, les partis de gauche ressemblent à l’ensemble des composantes de la société. N’oublions pas aussi que la répression politique et sophistiquée, tantôt insidieuse, et tantôt flagrante, contribue aussi à annihiler, ou à neutraliser, certains partis de gauche.

Bien sûr que les partis de gauche sont supposés être l’avant-garde éclairée de la société. Ces partis n’ont pas d’excuses valables pour justifier leur paresse, leur résignation, ou leur engourdissement actuel. Ils devraient être en avance sur tous les autres acteurs politiques ou sociaux. Mais les faits sont têtus : l’ensemble de la société (y compris les partis de gauche) semble momentanément en panne. Le projet de société (à la fois chez les partis de gauche et de droite) est, lui-même, en panne. Jusqu’à quand ? Je ne sais pas. Probablement jusqu’à ce que des conditions sociétales minimales soient réunies. Pour que des ruptures épistémologiques deviennent possibles à accomplir. Sinon, l’ensemble des composantes de la société continueront tous à somnoler dans cette léthargie sociétale commune, faite de sous-développement, de médiocrité, et de désarrois.

Mais, ne nous moquons pas des partis de gauche, ne les dédaignons pas, et ne les sous-estimons pas. Si nous étions à la place des dirigeants de ces partis de gauche, nous aurions éprouvé, nous aussi, beaucoup de difficultés. Les problèmes ne sont pas des problèmes de leaders, ou de personnes, mais des problèmes de société. Car la société est si lourde à faire évoluer. Et dans une société où la majorité des citoyens sont infectés par l’égocentrisme ou l’égoïsme, il devient forcément difficile de faire des réformes, ou d’organiser des mouvements de luttes populaires. Remarquons, en passant, que les partis de droite subissent, eux aussi, des crises dramatiques, agrémentées de conflits personnalisés, de luttes d’intérêts, et d’opportunismes, etc. Bizarrement, il semble que tout acteur social ou politique qui s’évertue à tenter de concilier ‘traditions’ et ‘modernité’, reste ligoté par des logiques contaminées, immatures ou invalides. La voie pour pouvoir accéder à une dynamique souple, productive, et salutaire, est d’opter résolument pour une ‘modernité’, c’est-à-dire une rationalisation décomplexée, vigoureuse, innovante, voir révolutionnaire, qui bouscule tout ce qui n’est pas suffisamment rationnel ou juste. D’autant plus, qu’aujourd’hui, nous avons besoin de créer des idées, des thèses, des méthodes, des projets, des pratiques, des militants et des partis, qui devraient être d’un type nouveau.

P.M. : – La « faiblesse durable » de la gauche plurielle transparait à l’aune de l’audience, et de l’efficacité politique. Mais n’est-elle pas imputable à cette absence d’autocritique, cet exercice salvateur s’il en est, pour corriger les trajectoires de la militance ?

A.N. : Vous avez raison. Mais si les partis de gauche sont certes dans une «faiblesse durable», cela ne signifie pas que ces partis de gauche n’ont jamais eu aucune influence sur la société. Au contraire. Interrogeons-nous par exemple : plusieurs évolutions ou évènements sociétaux récents (telles que le ‘Mouvement du 20 Février’, la Constitution de 2011, l’Instance Equité et Réconciliation (IER), le Conseil des Droits de l’Homme (CCDH), le début de détente relative dans les libertés publiques, la tolérance relative à l’égard des critiques de l’Etat, l’Initiative Nationale pour le Développement Humain (INDH), l’Instance Centrale de Prévention de la Corruption (ICPC), etc), auraient-ils pu exister s’il n’y avait pas des influences sociétales, profondes et durables, exercées par l’ensemble des partis de gauche, depuis les années 1960, puis 1970, puis 1980 ? Je ne crois pas que ces évolutions auraient pu exister sans les contributions des partis de gauche. On ne récolte que ce qu’on a semé. Regardez, même l’État, et les partis politiques conservateurs qui lui sont fidèles, tentent vainement de récupérer les critiques ou les réformes défendues par des partis de gauche. Le régime politique veut être autant réformiste et social que les partis de gauche, mais il n’est pas apte pour cela. Les discours, à la fois de l’État et des partis de droite, veulent paraitre résolument réformistes, ou même progressistes. Mais toutes ces tentatives de réformes sociales initiées par l’État finissent, à moyen ou long terme, par échouer. Pourquoi ? Parce que la nature du régime politique, (qui est foncièrement altérée par des pratiques de prévarication, de tricherie, de corruption, de clientélisme, d’enrichissement illicite, de pillage des biens publics, de délits économiques, d’abus de pouvoir, etc) finit par pervertir, ou par anéantir, ces projets de réformes sociales.

Permettez-moi ensuite, de rappeler, franchement, que la critique et l’autocritique ne font pas partie des traditions de notre société, ou de notre civilisation arabo-musulmane. C’est pourquoi ils sont si difficiles à pratiquer, pour nous tous. Dans tous les pays musulmans, ou parlant l’arabe, un citoyen, un groupe, un parti, une institution, ou un Etat, ne supportent pas aisément la critique. Et ils sont loin d’être aptes à produire une autocritique. Pourtant, le critère de vérité est la praxis, le réel concret. Et cette praxis (politique ou sociétale) nous révèle, chaque jour, des déficiences, des manques, des incompréhensions, des inadéquations, des tricheries, des déficits, ou des échecs. Et malgré cela, il est si difficile pour nous tous (État, institutions, acteurs sociaux, partis politiques, individus) de nous remettre en cause.

Mais si j’essaye de comprendre les difficultés des partis de gauche, cela ne signifie pas que je leur accorde des circonstances atténuantes. Normalement, un parti politique, une association, une institution, sont supposées apporter au citoyen ce qu’il ne peut pas trouver dans la famille, l’école, l’université, ou l’entreprise. A savoir : une conscience, une vision, une démarche, une pratique, à dimensions sociétales, prospectives, solidaires, libertaires, humanistes. Mais en même temps, la dynamique sociétale nous incite tous à reproduire des passions, des impulsions, des égoïsmes, des narcissismes, des médiocrités, des imitations, des aliénations, des égarements, ou des déviations.

Un parti politique ne reste pas éternellement stable, ou identique à lui-même. Il évolue au cours du temps. Il peut aussi s’aliéner, se transformer en son contraire, sans se rendre compte de sa mutation (Voir mon livre ‘Le Politique’). Dans un tel cas, un parti aliéné n’aide plus ses membres à émanciper leurs pensées et leurs actions politiques. Au contraire, un tel parti devient comme un enchevêtrement d’entraves, invisibles et complexes, qui empêchent la libération de la pensée et de la militance. Les membres d’un tel parti aliéné deviennent incapables d’interagir correctement avec les réalités sociétales, et encore moins de les transformer. Et les discours d’un tel parti aliéné deviennent déconnectés de la réalité et de la pratique. Ceci explique pourquoi le ‘Mouvement du 20 Février’ a été, à son début, conçu et initié, à l’extérieur des partis de gauche.

C’est pour cela que j’ai tendance à considérer que le citoyen, le parti politique, ou le régime politique, qui est vraiment révolutionnaire, est celui qui refait chaque jour, en lui-même, des remises en causes, ou des mises à jour, en somme: une auto-révolution ininterrompue. C’est-à-dire que le sujet concerné analyse sa pratique, écoute ses propres critiques, ainsi que les critiques d’autrui, pour se remettre en cause, corriger résolument ses insuffisances, ses erreurs, s’améliorer, et progresser. Ceci est facile à dire, mais hélas, difficile à faire.

P.M. : – Vous opposez « amateurisme » au « professionnalisme » en évoquant la composante militante de ces formations de gauche. Mais la crise n’est-elle pas surtout inhérente à l’incapacité des politiques à appréhender le système politique dans son ensemble, ainsi que ses “dysfonctions” qui le distinguent, au point qu’une telle défaillance dans la perception tétanise les partis de gauche et facilite leur “pourrissement” par le pouvoir. 

A.N.  : Premièrement, l’expérience montre que le besoin d’efficacité du parti nécessite que quelques dirigeants au moins du parti se ‘professionnalisent’, c’est-à-dire qu’ils se libèrent de leur travail professionnel salarié, pour se consacrent entièrement au travail politique du parti. Ils peuvent ainsi devenir plus disponibles, productifs, rigoureux et efficaces. Ce professionnalisme fournit au militant (ou au parti) de meilleures aptitudes à réussir les missions et les projets politiques. Mais il ne suffit pas seul pour garantir cette réussite.

Deuxièmement, la compréhension du système politique établi, dans son ensemble, ainsi que ses dysfonctions, est effectivement une tâche ardue. Elle nécessite une expertise, un travail collectif, rigoureux, ininterrompu et de longue haleine.

Troisièmement, vous avez raison, toute défaillance dans la perception, que ce soit de la société, ou du système politique établi, risquent fort de dérouter les partis politiques, ou de les faire dévier de la voie raisonnable.

Quatrièmement, je ne pense pas que les partis de gauche sont foncièrement «incapables». Parce qu’en fait toutes les composantes de la société ne sont pas actuellement suffisamment «capables» pour réaliser leurs mutations, à la fois au niveau des logiques, des démarches, des idées, des pratiques, etc. Et en même temps, je suppose que tout être social (qu’il soit individu, groupe, parti, ou institution), s’il est bien préparé, bien éduqué, bien encadré, bien motivé, et bien outillé, il deviendrait alors potentiellement, voir forcément, capable de penser, et de se comporter, de manière intelligente, innovante, et efficace.

P.M. : – Vous soulignez notamment le « conservatisme des thèses » de ces formations qui se réclament toujours de l’avant-gardisme. Et c’est bien là un hiatus notable. Comment dès lors corriger une telle malformation ? La gauche doit-elle aller de la défense des intérêts de classe à la prise en charge des droits civiques des citoyens ? N’est-ce pas à ce niveau là que la militance pourrait faire converger les intérêts des partisans de la gauche avec les attentes des différentes composantes de la société, les démunies en tête ?

A.N. : Vous avez raison. En fait, depuis l’effondrement de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS, en 1989), l’ensemble des partis de gauche du monde entier vivent un certain malaise théorique (ou idéologique). Ils peinent à réexaminer leurs théories et leurs pratiques. L’ensemble de la pensée politique, marxiste, léniniste, ou socialiste, des années 1950 ou 1970, a besoin d’être revisitée, corrigée, renouvelée, réadaptée, développée, ou réinventée. L’expérience en Europe a montré que la social-démocratie n’est ni suffisante, ni satisfaisante. Le renouvellement nécessaire de la pensée politique nécessite plusieurs travaux collectifs, nationaux et internationaux, et de longue haleine. Elaborer un projet de société ‘socialiste’ n’est pas à la portée de n’importe quel politicien ou novice. L’avenir de la démocratie, et du socialisme, dépendent de ces travaux de renouvellement théorique. Même si toute tentative de renouvellement théorique est forcément une aventure non assurée. Parce qu’en voulant renouveler la pensée politique, nous risquons aussi d’évacuer ses éléments fondamentaux, ou ses options révolutionnaires. Et toutes les personnes dogmatiques du monde refusent ces tentatives, parce qu’elles comportent des risques. Toutefois, je suis convaincu qu’un militant averti vaut mieux que mille militants novices ou ignorants.

Pendant ce temps, les courants de l’Islam politique intégriste, qui étaient tapis dans les sociétés musulmanes, profitent aujourd’hui de cette indisponibilité momentanée de la gauche, pour conquérir les scènes intellectuelles et politiques, voir accéder au gouvernement, et tenter d’appliquer des réformes inspirée par l’idéologie islamiste salafiste (comme en Égypte, Tunisie, Maroc, etc).

Concernant la deuxième partie de votre question, il est indéniable que les partis de gauche sont aujourd’hui appelés à ne plus focaliser leurs efforts uniquement sur les intérêts des ouvriers et des petits paysans, mais à prendre en compte les intérêts de toutes les composantes contradictoires de la société, pour pouvoir avancer, progressivement, étape historique par étape historique, vers le but ultime d’une société libérée de l’aliénation et de l’exploitation de l’homme par l’homme. Et dans ce domaine, la culture portée par le peuple requière une importance décisive. Un peuple qui manque de culture est comme une personne dont la pensée est déficiente.

P.M. : – La multiplication des chapelles est-elle à ce point factice entre les composantes de la gauche ? Si le corpus idéologique partagé est commun, peut-on faire l’économie des stratégies de lutte établies par chacune des formations ?

A.N. : L’évolution de la société obéit à des lois (voir mon livre ‘Le Sociétal’). Chaque fois que la pensée politique n’est pas suffisamment approfondie et clarifiée, et chaque fois que la critique (entre les différents courants politique existant) reste absente ou insuffisante, il se produit FORCEMENT une duplication, ou une redondance superflue, des groupes, des courants, ou des partis politiques. Pour pourvoir fédérer, ou s’unifier, il faut préalablement mener une lutte intellectuelle approfondie, contre tous les subjectivismes, les vues superficielles, les sectarismes, les insuffisances, ou les petits égoïsmes. A chaque étape historique, la lutte idéologique ou politique reste nécessaire, voir inévitable. Et tout élément (de la pensée politique) qui est erroné, médiocre, caduc, ou immature, ne peut pas s’éclipser spontanément si on ne le combat pas d’une manière raisonnée et convaincante. L’effort de clarification politique reste donc indispensable, inévitable, à la fois pour soi, et pour les autres.

P .M. : – L’appel à la constitution d’un « Front unifié » devant « institutionnaliser les courants » pour dépasser l’émiettement des forces de gauche ne date pas d’aujourd’hui. Lui opposer un refus pratique, et non pas théorique, relève-t-il d’une myopie intellectuelle ou d’un conflit de leadership ?

A.N.  : Il existe sur la scène politique du Maroc, non seulement des myopies intellectuelles, ou des conflits de leadership, mais bien d’autres choses décadentes ou dégradantes. Si l’égoïsme, le subjectivisme, le sectarisme, ou le fanatisme, sont dominants, alors même l’institutionnalisation des courants (à l’intérieur du parti unifié) ne suffira pas. Nous avons tous besoin de plus d’une séance de psychothérapie. La raison dit : l’union fait la force. Mais les différentes sortes d’égoïsmes, secrets ou inconscients, individuels ou de groupes, conduisent à la duplication ou à la redondance des courants, des groupes, ou même des partis politiques. Conséquence : tous les partis politiques restent faibles, incapables, voir inaptes. Il existe une blague qui dit que les musulmans sont relativement de bons travailleurs, mais dès qu’il s’agit de travailler ensemble, ils redeviennent médiocres, décadents, inconciliables, donc incapables. En termes politiques, cela signifie que les musulmans (les arabes, ou les marocains) n’étudient pas, ou ne maîtrisent pas, l’art de traiter les contradictions internes. Pour travailler ensemble, il est indispensable d’être souple, modeste, coopératif, tolérant, adaptable, innovant, et patient. Facile à dire, mais difficile à faire.

Quel est le sens de ‘militer’ ? Militer signifie œuvrer pour changer la société, pour la rendre plus rationnelle et plus juste. Et que signifie l’expression ‘faire de la politique’, au sens noble ? Cela signifie informer, conscientiser, éduquer, mobiliser des citoyens, pour qu’ils remettent en cause leurs mentalités, et leurs pratiques, pour rationaliser l’ensemble des composantes de la société, pour inciter les hommes à devenir plus émancipés, productifs, rationnels, humanistes, libres, et heureux ! Mais pourquoi et comment changer la société ? Les réponses à ces questions ne sont possibles que par un retour approfondi à quelques disciplines comme la Philosophie, l’Histoire, les Droits de l’Homme, ou l’État de Droit !

 

Abderrahman Nouda (13 mars 2015).

[1]  Voir les ouvrages de l’auteur sur son blog : http://LivresChauds.Wordpress.Com

 

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