L’art d’écrire

L’ART   D’ÉCRIRE

Par  Rahman  Nouda

(Version 10).

Un écrivain pharaonique assis
Un écrivain pharaonique assis.

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L’art d’écrire, A. Nouda, (V10).pdf

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Présentation :

Après la publication de mon livre “Le Sociétal” (en langue française), puis mon livre “Critique du peuple” (en langue arabe), sur mon blog personnel (http://LivresChauds.Wordpress.Com), des amis m’ont demandé: «Comment faits-tu pour écrire si bien, en langue française, ou en langue arabe»? Alors je leur ai envoyé, par Internet, le présent texte (L’art d’écrire), que j’avais auparavant préparé. Et pour éviter tout malentendu, je rappelle que je ne parte pas de l’art d’écrire des poèmes, des romans, ou de la littérature, mais de l’art d’écrire dans les domaines de la politique, du journalisme, de la science de la société, de l’histoire, de la philosophie, ou ce qui leur ressemble.

En réalité, je ne maîtrise pas les langues. Mais je travaille mes écrits. Et si un observateur dit que mes écrits comportent des points faibles, j’accepterai volontiers ses critiques. Parce que je sais que je ne maîtrise, ni la langue française, ni la langue arabe, autant que j’aurais souhaité.

En fait, à l’origine (vers l’année 2000), j’avais écrit ce texte (L’art d’écrire) pour améliorer mon propre style . Et au cours de la rédaction de mon livre “Le Sociétal”, je relisait de temps en temps ce texte (L’art d’écrire), pour me rappeler ce qu’il fallait faire, ou ce qu’il fallait éviter.

Le présent texte (L’art d’écrire) est un secret dans le métier d’écrivain. Les principales idées de ce texte sont anciennes. L’art d’écrire est plus ancien qu’on ne peut croire. Pendant des siècles, des générations d’auteurs, surtout d’Asie, puis du monde arabophone, et d’Europe, se transmettaient cet art d’écrire, souvent de façon indirecte. Et nous savons que certains acceptent de partager ces “secrets”, tandis que d’autres voulaient les garder pour eux seuls. Si des “passeurs” nous transmettent un patrimoine culturel, n’oublions pas de transmettre ce patrimoine, à notre tour, aux générations suivantes. Il vaut mieux partager le maximum possibles des produits, avec le maximum possible des hommes, même si certains risquent de se retourner contre nous.

Voici ce texte (L’art d’écrire) :

  1. Tout texte écrit s’adresse d’abord à la raison. C’est pourquoi l’art d’écrire est une question de logique, de morale, et de bon sens. Et quiconque peut remarquer que, dans tout ce qui est beau, se cache une logique, qui fascine, ou qui plaît.

  2. Si vous voulez sentir l’art d’écrire, rédiger un paragraphe, donnez le ensuite à un écrivain adroit. Demandez-lui de l’améliorer. Que fait-il ? Il casse quelques phrases longues. Il les simplifie. Il change l’ordre de plusieurs parties de phrases. Il supprime ce qui est superflu. Il corrige les fautes de grammaire ou de langue. Il remplace quelques mots par d’autre qui sont mieux adaptés. Et l’on obtient des phrases agréables. Cette méthode s’applique à toutes les langues. L’étonnant est que l’écrivain adroit ne perfectionne pas seulement la forme de l’expression, mais il améliore aussi la netteté de la pensée. L’expression écrite n’est pas seulement une forme, elle est aussi le support concret de la réflexion. La qualité de la réflexion se reflète dans la qualité de l’expression. Pour bien écrire, il faut aussi savoir bien réfléchir. Malheureusement, le “don” de la bonne réflexion n’est pas accordé à tout le monde. Même si nous savons que quiconque peut acquérir l’art de bien réfléchir, par des études et des exercices.

  3. Avant de pouvoir écrire, il faut lire. Une personne qui ne lit pas le patrimoine culturel de l’ensemble de l’humanité, ne peut pas être apte à enrichir ce patrimoine par ses contributions créatives.

  4. Dans votre projet d’écrire un livre, évitez de parler de choses locales ou conjoncturelles, car le lecteur universel ne les comprendrait pas, ou ne s’y intéresserait pas. Mais, si vous ne parlez pas de choses concrètes, donc locales, alors votre discours risque de devenir obscur, vague ou théorique. Tout dépend de la manière dont vous en parlez. Si vous parlez du locale, ou du conjoncturel, d’une manière qui suscite l’intérêt de lecteur universel, alors cela devient intéressant. Parce que l‘universel se cache dans le conjoncturel, ou dans ce qui semble insignifiant.

  5. Dans le texte que vous écrivez, veillez à supprimer ce qui est superflu. Gardez seulement les points qui contiennent cette tension féconde, qui présente des interrogations, ou qui exprime des inquiétudes, ou qui suscite des inspirations, ou qui soulève des critiques, ou qui propose des recherches, ou qui appelle à des remises en cause. Privilégiez les phrases qui ouvrent de nouveaux horizons à l’analyse, à la connaissance, à l’expérience personnelle ou collective.

  6. Pourquoi écrirez-vous de façon touffue, ou compliquée ? Un écrivain ne se rend compte de la lourdeur d’une expression que lorsqu’il a trouvé une autre expression plus légère pour la remplacer. La lucidité du texte est indispensable. Les mots devraient être simples, et les phrases claires. Un texte incompréhensible perd sa raison d’exister. Les meilleures phrases sont celles qui sont courtes et claires. Évitez les phrases comportant beaucoup de noms ou d’adverbes. Quand le choix est possible, préférez des verbes aux noms. Parce que les lecteurs comprennent plus aisément les verbes que les noms. Si les noms contenus dans une phrase sont très nombreux, cette phrase tend à devenir incompréhensible. Alors qu’une phrase où dominent les verbes est souvent plus facile à comprendre.

  7. Les phrases longues sont souvent déroutantes. Plus les phrases sont longues, plus elles sont difficiles à comprendre. Quand le lecteur arrive à la fin d’une longue phrase, il a déjà oublié son début. Le lecteur ne peut donc intégrer la fin de cette longue phrase à son début. Ainsi le lecteur universel risque fort de ne pas comprendre les phrases longues. Ponctuez donc votre texte et vos phrases par suffisamment de virgules [,] et de points [.]. Cela permet au lecteur de respirer. Cette ponctuation est aussi indispensable pour que le lecteur puisse intégrer et comprendre les données qu’il lit.

  8. La réflexion se compose avec des briques élémentaires. Et la phrase est cette brique élémentaire avec laquelle nous construisons des pensées. Chaque paragraphe (existant dans un texte) est une réflexion presque autonome. Et toute idée claire devrait pouvoir s’exprimer par une ou plusieurs phrases courtes. Les phrases longues ou compliquées peuvent cacher des idées multiples, imbriquées, confuses, ou insuffisamment travaillées. Il faudrait alors les clarifier, et les diviser.

  9. Pour écrire clairement, il est préférable de réfléchir par une suite de petites phrases relativement autonomes. A chaque fois, réfléchissons par une pensée élémentaire, c’est-à-dire avec une petite phrase. Ensuite, écrivons-la. Réfléchissons ensuite à une petite phrase suivante. Séparons ces petites phrases successives par des “points”. Répétons cette opération autant de fois que nécessaire. Nous obtenons ainsi une succession de phrases courtes et claires. Par contre, si nous nous mettons d’abord à écrire, et qu’ensuite nous réfléchissons à ce qu’il faut écrire, tout en écrivant les idées ou les expressions qui apparaissent dans notre esprit, nous obtenons ainsi des phrases longues, enchevêtrées, chaotiques, et peu compréhensibles. C’est ce qu’il faut éviter.

  10. Si un écrivain veut exprimer beaucoup d’idées dans chaque phrase, le résultat est que le lecteur ne comprend plus aucune parmi ces idées.

  11. Ce qui est évident ou compréhensible pour l’auteur, ne l’est pas forcément pour le lecteur. Des lecteurs distincts peuvent comprendre un même texte de plusieurs manières différentes. Le bagage culturel porté par chaque lecteur détermine l’étendue de ce qu’il peut comprendre. Si le sujet d’un texte est complexe, et si en plus sa rédaction n’est pas bien soignée, alors sa compréhension par le lecteur devient difficile, incertaine, ou même inaccessible.

  12. Un écrivain intègre ne cache pas le flou de ses idées par des expressions tellement complexes qu’elles deviennent incompréhensibles. Plus les idées d’un écrivain sont claires, plus leurs expressions peuvent être compréhensibles. Un texte obscur, même s’il est grandiloquent, cache des idées vagues, douteuses, imprécises, ou erronées. Si un nombre important de lecteurs considèrent qu’un texte est confus, au point de devenir incompréhensible, cela signifie souvent que l’auteur de ce texte ne maîtrise pas les idées qu’il veut exprimer. Un auteur peut croire qu’il a des idées importantes à communiquer. Mais s’il est incapable de les préciser, ou de les clarifier, cela devient ennuyeux. Si une personne prétend avoir une bonne idée, et si elle incapable d’exprimer cette idée de façon claire, c’est comme si elle n’a aucune idée. Une idée peut être excellente, mais si la personne qui la porte l’exprime mal, les lecteurs ne la percevront pas comme excellente.

  13. Si la forme de tout texte est importante, son contenu est encore plus décisif. Préoccupez-vous donc surtout par l’approfondissement, et par l’amélioration, du contenu du texte que vous rédigez. Contrairement à certaines croyances, la valeur d’un texte déterminé ne provient pas de sa forme ornée, mais de la qualité de son contenu.

  14. Pour qu’un texte devienne une œuvre d’art reconnue, il devrait être clair, intéressant et beau à lire. Il devrait nous apprendre des vérités nouvelles, nous divertir, en suscitant en nous des sensations agréables. Il devrait nous révéler des vérités invisibles. Il devrait nous donner une vision globale et pertinente du monde. Il devrait nous étonner, nous surprendre. Il devrait soulever des problématiques universelles. Il devrait nous plonger profondément dans les sentiments humains, surtout ceux qui sont subtiles ou dissimulés. Il devrait dévoiler les contradictions, les inconsciences et les hypocrisies des hommes. Il devrait révéler la cupidité où qu’elle se cache. Il devrait dévoiler la médiocrité des comportements, en comparaison avec les prétentions, ou les ambitions affichées. Il devrait dénoncer l’ignorance aveuglante. Il devrait critiquer radicalement, tout en donnant des perspectives d’émancipation. Il devrait être honnête, sincère, juste, modeste et franc. L’auteur devrait reconnaître les limites de ses connaissances, et les étendues de ses ignorances. Il devrait nous rapprocher le plus possible de la réalité des choses. Il devrait analyser profondément le réel. Il devrait dire clairement la vérité, sans aucune partialité. Il devrait clarifier les faits complexes, privilégier l’utilisation d’un vocabulaire simple. Il ne devrait pas être difficile à comprendre, ou rebutant à lire. Il devrait préférer être court et clair, plutôt que long ou confus. Il devrait avoir une bonne dose d’humour, qui déclenche le sourire, ou même le rire.

  15. Quand vous écrivez, libérez-vous des croyances illusoires. Ne vous efforcez pas de faire triompher des opinions partisanes. N’enchaînez pas votre intelligence par une idéologie, ou des croyances anciennes. N’occultez pas la réalité. Ne parlez pas de ce que vous ignorez. N’affirmez jamais quelque chose que vous n’avez pas étudié, analysé et vérifié. Rassembler le maximum de données précises, contrôler les, analyser les, et soumettez les à une critique impartiale. Concentrez-vous sur la recherche de la vérité. Défendez uniquement la vérité. Ne vous enchaînez pas par la défense des intérêts de votre groupe ethnique, communautaire, national, politique, économique ou culturel. Libérez-vous de votre ‘tribu’ sociale, de votre ‘clan’ politique, ou de votre ‘cercle’ culturel. Évitez la partialité au profit de qui que ce soit, même envers vous-mêmes. Un écrivain qui s’adresse au public, et qui ne préserve pas son impartialité intellectuelle, devient comme une girouette ridicule (celle-ci indique uniquement l’orientation que le vent puissant lui impose de désigner). Luttez contre tout obscurantisme. Tenez compte des intérêts de toutes les parties en conflit. Rappelez les opinions des parties opposées. Saisissez les rapports de forces. Comprenez la conjoncture politique. La vérité est une arme. Il faut l’appréhender le plus profondément possible. Antonio Gramsci disait : «Seule la vérité est révolutionnaire». Utilisez à fond votre liberté de penser et de critiquer. Criez la vérité, même si cela va enrager vos adversaires, ou fâcher vos amis. Un communicateur qui s’interdit de dire la vérité, meurt. Il devient un “détail sans importance”.

  16. Si vous acceptez d’être un écrivain officiel, ou un communiquant rémunéré, dont le métier est de produire de la propagande, de louer les gouvernants, ou de soutenir ceux qui dominent la société, alors n’attendez pas que les intellectuels vous respectent, ou que le peuple vous apprécient. Parce que les masses du peuple ne respectent pas ceux qui ont vendu leur conscience, ou leur esprit, contre de l’argent.

  17. Ne peuvent impressionner, séduire ou influencer les lecteurs, que les auteurs qui écrivent avec sincérité et impartialité. Un écrivain qui s’acharne à défendre des thèses partiales, ou erronées, est un auteur qui se suicide. Ne subsiste parmi le patrimoine culturel de l’humanité que les livres qui sont, malgré leur ancienneté, assez véridiques, critiques, impartiaux, équitables, raisonnables, instructifs et agréables à lire.

  18. Le lecteur ne supporte pas les généralités, les répétitions, ou les «remplissages». Les détails superflus dérangent souvent. Et personne ne peut produire un livre de qualité s’il ne fournit pas un travail sérieux, et durable. Et tout livre qui n’apporte pas des éclaircissements sur des questions préoccupantes, ne peut pas intéresser des lecteurs. Il est illusoire de croire que l’on puisse faire un bon livre avec des paroles vides. Un livre sérieux est celui qui présente au lecteur les synthèses d’un long et profond travail d’étude, d’observation, d’analyse, et de réflexion. Surtout si ces synthèses débouchent sur l’éclaircissement de vastes horizons.

  19. Ne vous précipitez pas pour écrire de nombreux livres. Ils risquent d’être tous médiocres, ou sans intérêt. Prenez votre temps. Si vous produisez au cours de votre vie un seul livre excellant, ce serait déjà très bien, ou même exceptionnel.

  20. L’écrivain a besoin d’au moins cinq ans pour écrire un bon livre. Alors qu’un lecteur ordinaire peut lire ce livre dans environ cinq jours.

  21. Si vous êtes fortement inspirés, à tel point que vous écrivez aisément, presque spontanément, et si ceux qui lisent votre manuscrit réclament sa publication, vous pourriez alors envisager l’éventualité de le publier. Sinon, il vaut mieux renoncer à l’idée de publication. Car le mûrissement de vos inspirations risque d’être insuffisant.

  22. Ne vous contentez pas d’écrire vos impressions. Cela reste souvent superficiel, ou peu utile. Sortez de la coquille de votre “moi”. Préférez analyser des phénomènes (sociaux, naturels, historiques, mondiaux, etc). Essayez de comprendre les lois qui les régissent. La compréhension des phénomènes sociaux suscite un plaisir agréable. En plus, elle nous éduque, et elle nous permet d’améliorer la vie commune en société.

  23. Quand vous écrivez, essayez d’aborder tous les sujets que vous avez rencontré au cours de votre recherche. Développez une vue globale. Reflétez la vie, sa dynamique, ses contradictions. Raconter des histoires, impressionner les lecteurs, captivez les. Dites l’essentiel en peu de mots. Faites exprimer des personnages, avec leurs opinions et leurs croyances divergentes. Exposez leurs points de vue, sans omettre d’examiner des opinions opposées. Comparez les thèses. Soyez instructif pour toutes les classes sociales. Préférez être piquant, plutôt que mou, ou flou. Accepter de paraître excentrique, plutôt que banal. Le lecteur devrait retrouver dans votre écrit les instincts, les doutes, les sentiments, les penchants, ou les impressions qu’il a senties au cours de sa vie. Mais ne flattez pas le lecteur. N’essayer pas de lui plaire au détriment de l’objectivité, ou de la vérité. Préoccupez-vous seulement d’accéder à la vérité des choses. Faites prévaloir la qualité du contenu sur la satisfaction des lecteurs.

  24. Un écrivain accompli maîtrise les détails. Il se contente généralement de les suggérer, en passant, sans s’appesantir sur ces détails.

  25. N’évitez pas les tabous. Au contraire, il est utile de les découvrir, les décortiquer, et les analyser. Notre progrès sociétal commun nécessite de les démystifier, ou de les critiquer.

  26. Utilisez la magie des mots. Quelques mots bien choisis peuvent déclencher dans la conscience du lecteur des images mentales, des souvenirs, des scènes vivantes, des éclaircissements, ou des raisonnements.

  27. Écrivez dans une langue correcte, et d’une manière proche du langage parlé, ou du style courant utilisé par le peuple. Parce que ce style du peuple est souvent simple, ramassé, condensé, imagé. Mais sans devenir son esclave, et sans perdre la profondeur de la réflexion, de la rationalité. Restez léger, frais, rafraîchissant. Évitez les expressions lourdes ou indigestes. Supprimer sans pitié les phrases et les expressions au contenu trivial, qui n’apportent rien de neuf ou de piquant.

  28. Un bon livre excite la curiosité des lecteurs. Il suscite des débats, voir même des polémiques. Il peut même inspirer des programmes à des acteurs différents.

  29. Un bon livre n’est pas un long article ‘journalistique’ sur les actualités du moment. Il peut traiter des sujets brûlants de l’actualité, mais en se concentrant sur les aspects ou phénomènes qui ne vieillissent pas.

  30. Le contenu de votre texte devrait être minutieusement travaillé. A chaque fois que vous relisez votre texte, ou que vous révisez n’importe lequel parmi ses paragraphes, vous pouvez de temps en temps percevoir une ou plusieurs améliorations à faire. Et ce n’est pas seulement la forme de l’expression qui est ainsi améliorée, mais aussi la précision, ou la clarté de la pensée. Le lecteur peut dire «j’ai une opinion différente de celle de l’auteur», mais la qualité de votre travail ne devrait pas lui laissez la possibilité de dire que votre texte est «superficiel», ou «faux».

  31. Osez défendre des idées nouvelles, généreuses, éthiques, progressistes, révolutionnaires, excentriques, ou amusantes. Quand c’est possible, préférer l’humour au travail austère, ou ennuyeux.

  32. Un écrivain qui triche perd son avenir. Un penseur qui fraude, c’est comme s’il se suicide. Car il se banalise parmi un océan de médiocrité.

  33. Un auteur honnête ne fait pas semblant d’écrire en partant du néant. Au contraire, un écrivain honnête cite les sources dont il avait profité avant. Il ne plagie pas des idées, ou des passages d’autres auteurs. Il n’insinue pas qu’il a tout inventé tout seul. L’écrivain sincère devrait étudier le patrimoine culturel universel, reconnaître qu’il se base sur cet héritage, et montrer qu’il le continue, en l’enrichissant, par ses contributions modestes. Seule l’éthique peut honorer une personne. Alors que la fraude, l’égoïsme, ou l’opportunisme, sont des signes d’arriération, ou de stupidité.

  34. Faites attention au style d’écriture. Pendant la rédaction, évitez d’être passionnés, fanatiques ou crispés. Préférez être détendus, impartiaux, détachés, ou même humoristes. Il est important de garder cette attitude détendue, qui prend les choses avec moquerie. Il faut beaucoup de souplesse humoriste pour pouvoir rire des choses les plus ardues, les plus prétentieuses. Si vous critiquez la société d’une manière piquante ou joviale, il est probable qu’une majorité de gens vous applaudirait, et qu’une minorité vous blâmerait. La critique insinue forcément une certaine voie à emprunter pour progresser. Il est donc souvent superflu d’expliciter tout ce qu’il faut faire.

  35. La meilleure façon de dénoncer des pratiques malhonnêtes, ou criminelles, est de les faire connaître de manière objective, de les décrire clairement, sans nécessairement les qualifier ou les juger par des termes accusateurs, ou insultants.

  36. Si un texte n’analyse pas des phénomènes, ou s’il ne critique pas de manière explicite, ni thèse, ni mœurs, ni personne, alors il risque de ne pouvoir rien nous apprendre.

  37. Quand vous voulez critiquer une personne, un groupe, une institution, un parti, un peuple, ou un État, etc, il est préférable de prendre tout le temps nécessaire à la rédaction de votre texte. Rendez vos critiques approfondies, claires, et structurées, au point que personne ne peut les contredire. Vous devriez aussi imaginer toutes les objections qui peuvent venir à l’esprit du lecteur, et répondre à ces contestations probables, avant que le lecteur ne les formule.

  38. Pendant la rédaction de vos critiques, ne sous-estimez pas vos adversaires, ne les insultez pas, et ne les méprisez. Pour qu’une critique soit instructive, elle ne devrait pas s’acharner contre des personnes. Une bonne critique devrait analyser des idées, ou dénoncer des pratiques insuffisantes, ou malhonnêtes. Essayez de rester objectif, sans faire des concessions injustifiées dans vos critiques. Critiquez autant que vous le voulez, mais sans partialité, sans humiliation, sans insultes, et sans haine. Parce que le but est de corriger les personnes fautives, non de les massacrer.

  39. Le bon sens”, la raison, la justice, ou l’intelligence, devraient prévaloir sur les coutumes, l’économie, la technicité, la politique, l’idéologie, l’art, et même sur les sacralités.

  40. Ne vous contentez pas de penser les choses en termes de «vrai» ou «faux», «juste» ou «injuste», «bien» ou «mal», «acceptable» ou «inadmissible». Examinez les choses dans leur genèse historique. Analyser les en tant que phénomènes répétitifs, et non en tant qu’événements exceptionnels. Car la réalité (ou son corollaire, c’est à dire la “vérité”) est toujours en évolution, contradictoire, historique.

  41. J’ai écrit mon livre ‘Le Sociétal’ (dans la langue française) seulement avec une longue suite de petites ‘intuitions’ indépendantes les unes des autres. (J’ai aussi utilisé des “intuitions” pour écrire mon livre “Critique du peuple” en langue arabe [نقد الشعب]). Alors certains amis m’ont dit : «Comment écrivez-vous les intuitions» ? Je leur ai dit que le texte idéal pour transcrire une “intuition” comporte trois parties : a) L’entrée de l’intuition est une introduction rapide, écrite en une ou deux phrases, qui annonce le problème abordé, tout en suscitant l’attention et l’intérêt du lecteur. b) La réflexion démarre aussitôt dans le corps de “l’intuition”. Elle expose succinctement des phénomènes sociaux, des données, des analyses, des interrogations, des thèses, des antithèses, et des conclusions claires et concrètes. c) La fin de “l’intuition” se termine généralement par une phrase qui secoue le lecteur, et le pousse à faire une pause pour réfléchir. Ou bien cette phrase finale lance brusquement une nouvelle polémique. Le but est de réfléchir ensemble. L’important n’est pas seulement la beauté du texte, mais aussi la clarté, la vérité, et l’équité de la pensée. L’ensemble du texte de “l’intuition” idéale ne devrait pas dépasser quelques phrases, ou quelques lignes.

  42. «Concentrez-vous sur la recherche de la vérité. Recherchez la connaissance comme but en soi. Refusez de remplacer ce but par des finalités extra-scientifiques. Usez à fond de votre liberté de pensée et de critique. Mener une confrontation permanente et publique des thèses et interprétations scientifiques». (Citation inspirée du livre de Michael Lowy, Paysages de la vérité, Paris, Édition Anthropos, 1985, p.221).

  43. Mettez à jour, autant que possible, vos connaissances, dans les domaines de la culture, l’économie, les sciences, la philosophie, l’histoire, le droit, les technologies, la politique, locale et internationale. Supposer que votre lecteur est universel, non local.

  44. A travers mon expérience personnelle en écriture, je me suis assuré que l’utilisation des technologies de l’ordinateur portable (ou techniques similaires) améliore fortement : la vitesse, la facilité, les compétences, la productivité et la précision dans le travail de l’écriture. En général, un mois suffit pour apprendre la “dactylographie” (ou écriture sur une machine-à-écrire, ou sur un clavier d’ordinateur). Cette “dactylographie” vous permet d’écrire avec 10 doigts, au lieu de deux doigts seulement. Il suffit aussi d’une semaine, ou d’un mois, pour se familiariser avec les fonctions de logiciels d’écriture, tels que “Microsoft Office Word” (payant), ou “OpenOffice” (gratuit), etc. Un ordinateur connecté à Internet, vous offre de nombreux outils numériques, comme : des dictionnaires diversifiés, des traducteurs instantanés, des encyclopédies riches, des livres, des documents, des références, dont l’utilisation est facile et rapide. Et le travail du texte est beaucoup plus facile sur un écran d’ordinateur que sur du papier. Et avec l’avancée du temps, les avantages et les améliorations ne font que s’approfondir.

  45. Après avoir terminé la rédaction de votre livre, ne croyez pas que vous trouverez facilement une maison d’édition. Car aucune maison d’édition n’accepterait d’imprimer votre livre, que si son contenu est excellent, et sa vente sûre. Et n’imaginez pas que les citoyens vont acheter des milliers d’exemplaires de votre livre. Sachez que les Arabes et les musulmans n’achètent pas de livres, ne les lisent pas, et ne fréquentent pas les bibliothèques publiques, même si elles sont gratuites. Ils ne s’intéressent pas à la culture. Ne rêvez pas que le “copyright” va couvrir les frais de préparation de votre livre. Sachez que les seuls gagnants dans l’industrie du livre (dans les pays islamiques) sont d’abord les distributeurs, et ensuite les vendeurs de livres. Les éditeurs ne gagnent que peu d’argent, et dans de rares cas. Tandis que les écrivains ne reçoivent aucun revenu financier. Alors ne vous préoccupez de l’écriture que si votre seul objectif est la diffusion de la culture, même si cela pourrait vous amener à dépenser sans compte de votre poche. Par contre, si votre objectif est de gagner de l’argent, il est préférable pour vous d’aller aux autres secteurs économiques ou commerciaux.

Et à la fin, soutiendrez-vous la proposition d’utiliser ce texte pour élaborer un projet de “Charte d’honneur”, pour le «Club des Écrivains Intègres»?

Rahman Nouda (l’original écrit en l’an 2000).

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